Vous pouvez trouvez, par exemple : Écrire inclusif #1. Ce lien et d'autres utiles (plus sur le comment que sur le pourquoi rendre la langue inclusive) se trouvent en description de la vidéo Quels pronoms pour une personne non-binaire ? - Princesse répond #02, qui ellemême répond à une question précise, sans prétendre faire le tour du sujet du sexisme de la langue et de la façon d'y remédier.

Pourquoi rendre la langue inclusive

Les genres grammaticaux et les pronoms genrés sont sexistes, stigmatisants et excluants.

Quand on évoque un pronom alternatif à elle ou il (mais pas déshumanisant comme ça), d'autres répondent que ce n'est pas français, pas correct. Certes, ce n'est pas conforme aux règles grammaticales actuelles, ou plus exactement le mot n'existe pas officiellement. Ce n'est pas bien dérangeant d'ajouter un nouveaux mot quand il est nécessaire. C'est alors un enrichissement sémantique et donc l'opposé de la novlangue.

Surtout c'est bien moins correct de respecter la règle en utilisant il ou elle alors qu'aucun des 2 ne correspond à la personne. Le genre grammatical, notamment du pronom, dépend du genre réel de la personne. Contrairement à "une chaise" dont le genre grammatical est arbitraire, c'est "une femme" et "un homme". Il en va de même pour les accords ou les titres : une femme sera une paysanne laborieuse. Or les genres grammaticaux (les pronoms, les accords...) sont binaires : soit féminins, soit masculins. Tout l'un ou exclusivement tout l'autre. Mais il en est tout autrement de la réalité des genres. Une personne peut être homme, femme mais aussi non-binaire. Une personne non-binaire n'est pas entièrement et exclusivement femme ou homme. Elle peut être un peu des 2, d'aucun genre, d'un genre alternatif, de plusieurs genres (en même temps, ou selon le moment), etc. Il est incorrect de parler d'une personne non-binaire en disant elle ou lui, de l'accorder au féminin ou au masculin.

D'autre part, les pronoms et accords bi-genrés actuels ne permettent pas de parler correctement d'un groupe mixte. Même si les composantes du groupe sont toutes masculines et féminines, par exemple des chaises et des tabourets, dire pour le groupe elles ou ils, les accorder au masculin ou au féminin, n'est pas correct.

Pour finir, on peut ne pas vouloir préciser le genre d'une personne ou l'ignorer. Il est alors impératif d'avoir des mots et accords non genrés, pour parler correctement de la personne sans savoir ou préciser son genre. C'est également primordial, notamment linguistiquement, d'avoir un vocabulaire et une grammaire qui ne précise pas systématiquement le genre... mais j'y reviendrai bientôt.



La féminisation des titres, du moins tel qu'on l'entend habituellement, me semble plus néfaste qu'autre chose. Alors, oui, j'ai conscience que certains mots, dont l'emblématique autrice, ont été effacés de la langue pour invisibiliser les femmes artistes ou intellectuelles. Oui, je suis consciente que le prétendu neutre est en fait un masculin, qui lui-même se veut universel, relayant le féminin au particulier. La règle du masculin qui l'emporte (pour elle aussi, il n'en a pas toujours été ainsi) est immanquablement évoquée dans le débat sur la féminisation des titres. Évidemment, cette règle est odieuse. Mais, selon moi, la féminisation des titres n'est pas du tout la solution.

Parlons tout de suite de cette règle de l'accord au pluriel. La règle antérieure était celle de l'accord du plus proche : "Des chaussettes et des chaussons verts" / "Des chaussons et des chaussettes vertes". Si la mise en place spontanée de cette règle semble logique, je ne la trouve pas très bonne. En effet, "Des chaussons et des chaussettes vertes" laisse un doute quant à savoir si ce sont seulement les chaussettes qui sont vertes ou les chaussons aussi. Ainsi, je trouverais plus pertinente la règle de l'accord du plus éloigné. "Des chaussettes et des chaussons vertes" : il ne fait aucun doute que les chaussons sont verts. Mais dans ces 2 possibilités, comme dans celle d'un accord systématique au féminin ou au masculin, certains cas posent problèmes. Prenons l'accord du plus proche pour l'exemple : "1 milliard de femmes et 1 homme sont présents". Il en est de même, pour cet exemple, avec la règle du masculin qui l'emporte. Et c'est justement ce qu'on lui reproche, à raison. Dans les cas où une majorité se détache clairement, il serait plus juste d'accorder selon cette majorité. Mais dans les autres cas ? Une règle différente ? Cela compliquerait beaucoup la pratique, et donc l'adoption de ce nouveau principe. La solution serait peut-être de ne mettre aucune règle... avec le risque que, pendant encore longtemps, beaucoup continuent d'employer la règle de l'accord au masculin. Cette question est pourtant loin d'être la plus problématique. Heureusement, celle-ci, comme d'autres, peuvent être résolues, ou plutôt annulées, par une solution en amont.

Et donc la féminisation des titres, pourquoi me pose-t-elle tant de soucis ? Si elle apportait simplement un plus dans l'égalité entre femmes et hommes, sans rien changer sur les autres questions sexistes, évidemment je n'aurais rien à redire. Mais là, cette (tentative) de réforme aggrave le problème. Certes le masculin est un faux neutre, mais en voulant systématiquement avoir une version féminine et masculine de chaque titre, on tue le semblant de terme générique, et l'idée qui va avec.

D'un point de vu simplement linguistique, il est primordial d'avoir un mot pour désigner une notion. C'est la base de toute langue. Il est nécessaire de pouvoir nommer une personne qui exerce une certaine fonction ou un certain métier. De même qu'il faut pouvoir qualifier d'un mot cette fonction ou ce métier. Pour le dire autrement : il faut pouvoir désigner un titre avec un mot qui désigne... suspens... ce titre ! Aussi élémentaire que cela puisse paraître, ce n'est pas le cas actuellement. Considérons maire comme épicène* (ce que ce mot devrait être par ailleurs). La fonction est celle de maire. Idem pour ministre. Mais qu'en est-il pour un titre avec une version féminine + masculine. Est-ce un métier de facteur ou un métier de factrice ? Et comment nommer une personne qui exerce la fonction de maire ? Le maire ? La maire ? Et pour la personne qui travaille à la poste : factrice ou facteur ? J'insiste, il est impératif d'avoir un mot générique pour les titres en eux-mêmes et pour les personnes. Heureusement, le mot personne n'implique pas de préciser obligatoirement s'il s'agit d'une femme ou d'un homme (ou mâle versus femelle1 ?). Seulement, la réforme de féminisation des titres, détruit l'indispensable générique. Certes, la confusion entre titre générique et masculin est problématique. Mais imposer l'amalgame entre le titre et le genre de la personne, n'est pas la solution, bien au contraire : cela aggrave le problème. Certaines (majorité de femmes, donc je mets au féminin, à défaut de supprimer les genres dans la formulation de ce texte) trouvent scandaleux des expressions du type : "une femme policier" ou "Madame le ministre", en partie à juste titre. Dans le premier exemple, on précise plus souvent le genre de la personne quand il s'agit d'une femme que d'un homme. Ce n'est pas un problème de langue ici, mais de choix de ce qu'on exprime. Dans le second exemple, c'est une façon de féminiser indirectement le titre. "Le ministre" est supposé masculin. Mais le problème ne vient pas de "femme policier" ou de "Madame le ministre", il vient de la formulation au masculin. Un générique est nécessaire. À partir de là, on peut - mais pas obligatoirement ! - préciser le genre de la personne. De même qu'on peut préciser la couleur de ses yeux ou son groupe sanguin (le genre n'a pas plus de raison d'être précisé). Mais toujours à partir d'un mot générique, qui permet de définir le titre sans autre précision, de parler de n'importe quelle personne, qu'il s'agisse d'une femme, d'un homme, ou d'une personne non-binaire ! Et donc, il ne faut pas hésiter à préciser "homme policier", "Monsieur le ministre", en réponse à la forme féminine. Il ne faut pas féminiser les titres, mais les dégenrer (dé-masculiniser pour l'essentiel).

Mais attention, je n'ai jamais dit que la forme générique des titres devrait être la même que la masculine (actuelle). 4 possibilités : Prendre toujours la forme masculine / toujours féminine / la plus courante (généralement masculine, mais "infirmière" par exemple) / créer une forme neutre ou indéterminée, par exemple avec un O à la place du E de la forme féminine. [J'étudierai le choix entre les différentes possibilités dans la partie Comment rendre la langue inclusive, au sujet du genre grammatical, puisque la question s'y pose de la même façon.]

N'oublions pas que la langue façonne en partie la pensée. Il est plus difficile de penser un concept qui n'est pas nommé par la langue. D'ailleurs, les genres grammaticaux, conduisent à une confusion entre le genre, l'apparence et le corps. Le féminin grammatical, marque autant les femmes que la féminité (perçue) que les corps dits "féminins" ou femelles (généralement en fonction des organes génitaux externes supposés ou connus). Or ces éléments sont indépendants. Mais la langue favorise la confusion des trois notions. En imposant de systématiquement préciser le genre des personnes, on rend pratiquement impensable ce qui déborde de la binarité des genres et de la cisnormativité*. Ainsi, la féminisation des titres renforce la stigmatisation des personnes en homme ou femme, tout en invisibilisant2 toutes les personnes qui sortent du cadre binaire et cisnormatif. Au contraire, il est important, mais aussi urgent, de permettre l'utilisation de genre indéfini/générique donc inclusif dans la langue et celle d'un genre neutre.

La féminisation des titres aggrave donc le sexisme de la langue. Bien sûr, ce n'est pas le seul facteur sexiste, loin de là. Cette réforme met en lumière un énorme problème dans la langue : le fait de devoir préciser le genre favorise la dichotomie des genres, et avec elle, la cisnormativité et le binarisme (idéologie de la binarité des "sexes" comme genres, perçue comme naturelle, inéluctable, etc.). Les genres grammaticaux n'ont ni sens, ni intérêt ; pas plus que des couleurs ou groupes sanguins grammaticaux !3 Au lieu de revendiquer la féminisation des titres, il serait tant de proposer l'abolition des genres grammaticaux, du moins pour désigner les personnes. La plus grande difficulté, c'est la réticence face à l'idée elle-même de changement.

 

Comment rendre la langue inclusive

Les accords et titres

Note : à partir de maintenant, "accords" inclut les titres, puisque c'est des terminaisons du même type. Certains mots sont à la fois des titres et des adjectifs qui s'accordent en genre, exemples : pâtissièr-e, paysan-ne.

L'idéal serait donc de simplement supprimer les genres grammaticaux. Certes ils sont bien plus problématiques pour parler des personnes que pour parler des choses. Mais c'est beaucoup plus simple et logique de supprimer complètement les genres grammaticaux. Ainsi il n'y aurait plus d'accord de genre, une seule forme d'article défini singulier, idem pour l'indéfini, une seule forme pour le pronom à la troisième personne (pour chaque mode et nombre), etc.

Ce ne serait probablement pas une nouvelle forme, mais plutôt celle du masculin actuel, ou du féminin, ou un mélange des deux. Comme le genre grammatical n'existerait plus, cela n'aurait plus aucune connotation masculine ou féminine. En revanche, on ne peut pas utiliser une telle forme pour essayer de l'introduire, puisqu'elle serait utilisée alors que les formes classiques sont encore utilisées par ailleurs. Donc la forme voulue non genrée aurait des connotations féminines ou/et masculines, incompatibles avec l'objectif. Il faudrait alors trouver une forme distincte, notamment pour les accords. Forme éventuellement temporaire, en attendant que les genres grammaticaux soient abolis. Mais supprimer les genres grammaticaux ou introduire une nouvelle forme d'accords, n'est pas faisable prochainement. Ce serait créer une nouvelle langue, qu'on ne peut évidemment pas imposée. C'est par l'usage qu'une langue évolue principalement. En attendant, il faut que tout le monde se comprenne. C'est bien la fonction d'une langue commune. En particulier pour les accords, inventer une nouvelle forme ne peut pas fonctionner. Il faudrait qu'elle soit facilement comprise, utilisable et sensée. Mais ce n'est pas possible en français. Il n'existe pas une forme inclusive logique.

Plutôt qu'une nouvelle forme cohérente, je propose d'utiliser une formulation qui indique l'inclusivité, mais sans se prétendre une nouvelle forme destinée à devenir l'unique. Un peu comme "Merci à tou-tes d'être venu-es". Ce ne sont pas des terminaisons de mots corrects, mais des formulations qui indiquent masculin ou/et féminin. En fait, au singulier, ce type de formulation indique généralement le féminin ou le masculin. Tandis qu'au pluriel, il indique le féminin + le masculin. La prétention ici est de ne pas laisser le masculin servir de faux neutre. Mais ce type de formulation renforce par la même l'idée que tout est soit féminin, soit masculin (binarité) et entièrement l'un et pas l'autre sur tous les plans (transphobie).

L'utilisation de caractères spéciaux (postièr-e, postièr(e), postièr.e...) ou de li E majuscule (postièrE) ne me semble pas appropriée4. D'une part, cela ne fonctionne pas à l'oral. D'autre part, toutes ces formulations indiquent un masculin ou un féminin (ou l'addition au pluriel). Ce qui n'est pas de le tout inclusif, bien au contraire, puisque cela insiste sur les 2 genres officiels ET occulte tout le reste. Enfin, le E majuscule semble insister sur le féminin. Utiliser des signes de ponctuation est encore plus problématique. Par exemple, le point indique la fin d'une phrase, et plus généralement une coupure nette, ce qui n'est pas du tout l'idée dans une terminaison voulue inclusive.

 

À noter que toutes ces formulations qui veulent rendre visible le féminin, mais restent dans le sexisme binaire, s'appliquent uniquement aux personnes. Il n'est pas temps de supprimer complètement les genres grammaticaux. Il faut donc pouvoir au moins parler correctement des personnes. Pour l'instant je ne propose donc rien de plus. Je continue de mettre la devant pomme et le devant coing.

Une forme alternative introduit déjà du changement et une/des nouvelles règles. Il faut alors que le nouveau (non)genre se construise de la manière la plus simple possible. Donc une règle unique et non une pour chaque type de terminaisons (une pour -if -ive, une autre quand seul change la présence ou non du E, etc.). Une seule règle simple permet d'automatiser rapidement l'application de la nouvelle forme. Il faut également minimiser li changement et l'allongement des mots.

 

La formulation qui me semble la plus explicite est l'utilisation du X majuscule. Le X indique bien ce qui n'est pas précisé et souvent inconnu. Grammaticalement, c'est l'idée d'indétermination ; ici de genre donc. On ne fait pas l'addition du féminin et du masculin. Le X exprime la non précision du genre des personnes. Il s'agit d'une règle simple et unique d'accord : Il suffit de remplacer le E du féminin par un X majuscule. Le gros avantage par rapport à d'autres formulations, c'est que le X se prononce à l'oral : "ix". Peu de risque d’ambiguïté puisque peu de mots se terminent par le son X (à l'écrit, la majuscule ne laisse aucun doute). À l'oral il est possible de ne pas prononcer le X quand la terminaison féminine se prononce comme la masculine. Exemple "encantéX" peut se prononcer "enchanté" comme "encantéix". Prononcer le X permet d'insister sur la nécessité de rendre la langue moins sexiste. Tout dépend si on veut modifier au minimum ou au contraire visibiliser le problème.

Pourquoi à la place du E, et non en plus de la forme masculine ? D'une part, parce que ça ne laisse pas entendre que la masculin est la base, le standard, la forme par défaut. D'autre part, pour la prononciation, partir du masculin reviendrait à la construction féminine. On en vient à prononcer les consonnes muettes au masculin, les voyelles nasales sont découpées en la voyelle écrite + N. Par exemple : paysan → son A + son N → ann(e). Plus simple alors de partir du féminin.

Différence entre neutre et générique

 - Le genre neutre permet de parler d'une personne qui n'est pas (pleinement et exclusivement) femme ou homme. Elle peut être les 2, intermédiaire, aucun des 2, ou autre. Autrement dit, le neutre permet, avant tout, d'inclure dans la langue les personnes (et questions) non-binaires. Le genre neutre est, en quelque sorte, un genre alternatif, un troisième (en considérant que masculin et féminin sont les 2 premiers).

- Le genre générique est indéfini ; c'est à dire qu'il ne précise pas le genre de la/les personne(s). Ainsi, il ne stigmatise pas et inclut n'importe quel (non)genre. Le genre générique est particulièrement utile quand on ignore le genre de la personne dont on parle ou au pluriel. Il permet de définir un groupe mixte. Il permet, surtout, de ne pas mentionner le genre quand ce n'est pas ce dont il est question.

 

Dans le cadre où des mots comme en particulier les pronoms elle(s) et il(s) continueront d'être utilisés, il est nécessaire d'avoir un genre neutre pour les personnes non-binaires. Dans l'absolu, il serait possible de simplement arrêter de genrer notamment les pronoms, et d'en utiliser un seul pour la troisième personne à chaque nombre (au singulier comme au pluriel). On pourrait, et ce serait plus sensé et sain de parler de personnes au générique = sans genres grammaticaux ; quitte à préciser le cas échéant le genre réel de la personne : "1 pâtissièrX non-binaire/femme/homme". Mais ce n'est pas à l'ordre du jour. En attendant, l'idéal serait d'avoir un genre neutre pour les personnes + un genre générique (pour tous et tout) ! Le générique, je le rappelle, est notamment nécessaire quand on ne sait pas le genre réel, qu'on ne souhaite pas mentionner ce point, et aussi au pluriel mixte. Ni elles ni ils, ni l'équivalent au genre neutre, ne permet de qualifier correctement un groupe mixte.


Ajouts des mots manquants

La plus évidente problématique, c'est celle des pronoms personnels à la troisième personne. Par exemple, pour le masculin, on a : il(s), lui/eux, celui/ceux. En distinguant neutre et générique, les plus cités sont, me semble-t-il, respectivement : ul ou ol et iel ou yel.

Pour le neutre, on a aussi ille, qui peut se prononcer comme il ou iy comme dans bille. La première prononciation est évidemment problématique, puisque, à l'oral, on ne distingue pas ille de il. Et même prononcé comme dans fille, la proximité phonétique avec il est trop grande. Une voyelle alternative devant un L semble la meilleure option. Or, on a vite fait le tour : A ne convient pas, fait trop féminin en évoquant l'article la. Le O quant à lui fait sans doute trop masculin. Reste le U.

Pour le générique, la forme iel/yel est de loin la plus sollicitée. Quant à savoir s'il faut l'écrire avec I ou Y, je n'ai pas d'avis tranché. La forme iel semble la préférée. Elle est aussi la plus logique : la prononciation est la même donc pourquoi un Y ? Mais iel, d'autant plus quand décliné en ellui/elleux cellui/celleux5, insiste sur l'addition du féminin et du masculin, ne laissant pas de place à l'alternative, la non-binarité. Du coup, je ne le trouve pas inclusif.

Le X me semble bien marquer l'indéfini. Ainsi le pronom générique pourrait être X (toujours en majuscule), qui se prononce donc "ix". Ainsi on pourrait aussi l'écrire "ix". Un autre possibilité est de reprendre le U du neutre pour faire "ux".

Donc, ul et ux (le U se prononce comme dans pull). Ils sont au nominatif singulier. Reste à déterminer au datif, au démonstratif et au pluriel. Les 6 formes sont différentes pour le masculin. Prenons alors plutôt exemple sur le féminin, plus simple : elle(s), elle(s), celle(s). Le nominatif et le datif sont les mêmes. Chaque pluriel est la forme singulier + S. Le démonstratif se construit en ajoutant C devant la base. Donc :

ux ux çux (singulier = pluriel)

ul(s) ul(s), çul(s)

 

L'important à retenir, c'est (ç)ul(s) &(ç)ux. Mais, dans le détail, c'est un peu plus compliqué. Contrairement aux 2 premières personnes, la troisième a des formes distinctes, selon si le pronom est réfléchi ou pas. Les autres pronoms personnels sont forcément réfléchis : la même personne est sujet et objet (je et moi, par exemple). Dans "Je me parle à moi-même", me est un pronom réfléchi de forme conjointe ; disjointe pour moi. La forme conjointe à la troisième personne, du singulier comme du pluriel, est toujours se. La forme disjointe, dans le sens général, est soi : "on se parle à soi-même". Il devrait en être de même que pour on avec ux, tous 2 indéfinis, c'est à dire toujours utiliser le sens général avec soi : "ux se parle à soi-même". Tandis que ul fonctionne comme elle/il : "ul se parle à ul-même". Ceci, n'a pas d'équivalent au pluriel : "Elles se parlent à elles-mêmes → uls/ux se parlent à uls/ux-mêmes". "Je me parle à moi-même" et "on me parle à moi" se construisent pareillement. Il en va de même pour la deuxième personne et pour leur pluriel. À la troisième personne, la forme conjointe non réfléchie est toujours lui/leur : "on lui parle à ul/elle/il/ux" & "on leur parle à uls/elles/eux/ux". Donc lui/leur ne sont pas toujours remplacés au neutre par ul(s) et au générique par ux, exactement comme avec elle (si besoin, remplacer par le pronom féminin pour savoir quoi mettre).

 

En plus des pronoms, il nous faut, devant les mots qui ne sont plus genrés ou au neutre, ma, ta, sa / mon, ton, son : Pour le pluriel, mes, tes, ses restent, puisqu'ils ne sont pas genrés. Certains préconisent maon, taon, saon (aon prononcé an comme dans paon). D'autres : man, tan, san. La prononciation est la même. Je préfère la seconde version, plus simple, tout aussi logique, sinon plus (le A du féminin + le N du masculin).

Pour les noms communs, c'est les articles qui changent. Un ou une, la ou le manteau ou veste ? Là aussi, inutile de changer le pluriel (des et les non genrés). Un c'est le chiffre 1. En english (anglais en anglais), one se distingue de a(n). Mais le français est ambiguë. "21 brioches" se prononce "...une" et non "...un". Si on veut distinguer le nombre 1 de l'article indéfini (comme en english donc), le mieux semble de prendre une comme article indéfini singulier. Donc : une factrice, une facteur. Ou one, ine, ou encore unn(e). Il est également envisageable de traiter un-e comme pour ce-tte, tout-e, etc. : c'est à dire en utilisant la règle générale des accords non genrés. Si, par exemple, la forme inclusive des adjectifs prend un X, il en sera de même pour un-e qui donnera unX. Pour les articles définis (la et le), il me semble mieux de les remplacer par un autre, nouveau. Lix ou lX (l' devant une voyelle) est le plus explicite. Mais Li est certainement le plus populaire parmi çux qui cherchent à installer le neutre ou/et l'inclusif dans la langue.

Certains mots, en particulier Madame/Monsieur, nécessitent une version générique ou/et neutre. Le petit dico de français neutre/inclusif propose les siens (en bas de l'article). Un article parle de l'adoption de Mx. La construction de ce mot a du sens en english, mais pas en français. Ce serait encore un anglicisme (inutile en plus d'être plus dur à faire accepter). Mais on pourrait reprendre l'idée de la base commune. En français seul le M majuscule est commun. On peut alors ajouter le X générique, soit en partant de l'abréviation : Mx ; soit du mot : MX ou Mix. Une autre possibilité est de partir de l'origine de Monsieur (mon seigneur) et d'en prendre la version grammaticalement féminine : ma seigneurie, qui pourrait être condensée en Masrie. Mapersonne / Mespersonnes me semble de loin le meilleur choix. Mapersonne fonctionne aussi pour les enfants, puisque des personnes. Un peu long : une syllabe de plus que Monsieur ou Madame. Mais une forme condensée aurait du mal à être comprise au début. Avec le temps, peut-être que le mot sera compressé. Inutile de chercher à forcer la chose.

 

Alternatives

La technique de contournement du problème consiste à tourner les phrases de sorte de pouvoir utiliser la langue officielle correcte, de manière inclusive. On va par exemple, répéter le nom de la personne, au lieu d'utiliser un pronom. On peut aussi éviter un adjectif en changeant légèrement la formulation : "Je me sens fatigué/e/ ?" → "Je ressens de la fatigue". On va, encore, utiliser beaucoup de personne(s) ou/et individu(s), de sorte d'accorder au genre grammatical de ce mot et non en fonction de la/les personne(s) en question : "Les personnes assignées garçon ne deviennent pas toutes garçon puis homme." "Les individus assignés filles ne deviennent pas tous fille puis femme."

 

Le renforcement de la visibilité du problème est une utilisation particulière de la technique de contournement. Le but est encore de respecter la règle en place, mais en mettant explicitement le doigt sur le fait que ce n'est pas inclusif. Donc pour faire comprendre que la langue doit évoluer pour enfin devenir inclusive. Pour se faire, la lourdeur est requise pour montrer qu'on ne peut pas parler correctement avec la langue "correcte", à moins de faire des paraphrases à rallonge qui perturbent l’énoncé. Exemples :

"Mesdames, Messieurs, ainsi que toutes les autres personnes, celles invisibilisées par le sexisme binaire de la langue française..."

"Cette personne, ni elle ni lui/il, donc n'ayant pas de pronom approprié dans la langue officielle actuelle..."

"...ni satisfaite, ni satisfait puisque étant non-binaire, pourtant ne ressentant pas moins de satisfaction qu'une femme ou un homme..."

 


 

 

* Si vous ne connaissez pas un mot, à vous de chercher (si Google n'est pas votre ami, demandez à Tonton Roger).

1 Non, je n'ai pas "inverser" l'ordre, puisque le sexe et le genre sont des notions distinctes.

2 Rappel : l'invisibilité tue – littéralement – les personnes qui en sont victimes. Taux de suicides et d'agressions, dont sexuelles, sont d'autant plus importants, etc.

3 C'est comme si au lieu du mot voiture, on avait les mots voitureg (pour les grises) et voitureb (pour les noires ou blanches). On devrait préciser la teinte de la voiture, à défaut d'avoir le nom générique voiture. De plus les voitures de couleurs seraient invisibilisées par la langue, au point d'être difficilement pensables, imaginables par la plupart. Et le pseudo neutre masculin, c'est comme si on utilisait voitureg par défaut et pour désigner des voitures de différentes teintes, même s'il y a une seule grise parmi de nombreuses autres. Alors certains revendiqueraient la blaïfication de la langue, pour rendre plus visibles les voitures blanches ou noires et refuseraient des expressions comme voitureg noire. Mais sans proposer d'utiliser le neutre voiture, auquel on pourrait éventuellement préciser la teinte : voiture noire.

4 Certains caractères spéciaux pour marquer l'inclusif (plutôt les masculin ou/+ féminin) sont encore moins valables que d'autres. Les parenthèses mettent le féminin entre parenthèses. Et il en est à peu près de même au pluriel quand le E est encadré par les caractères spéciaux. Contrairement aux parenthèses composées d'une d'ouverture et d'une de fermeture, les caractères uniques n'ont pas besoin d'encadrer le E. Il vaut mieux écrire postièr-es que postièr-e-s.

5 Quitte à utiliser iel autant le décliner en : iel(s), iel(s), ciel(s).Plutôt simple ! Mais, en général, comme iel est construit par fusion de il et elle, on fusionne aussi le féminin et masculin de chaque forme (au nominatif dans un ordre différent d'au datif ou démonstratif). Ainsi : iel(s), ellui/elleux, cellui/celleux

Bon... Mais est-ce vraiment nécessaire ? Pourquoi ne pas reprendre la base iel en ajoutant C et S sur le modèle de elle ? De plus, l'addition à chaque fois du féminin et du masculin occulte ce qui déborde de la binarité. Masculin + féminin ne regroupe pas toutes les possibilités.