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Le sexisme est la discrimination en fonction du "sexe". La question est de savoir que signifie ce "sexe". Beaucoup vont simplement dire qu'il s'agit du genre. Ce qui me semble un peu simpliste. Dans l'esprit commun, discrimination en fonction du genre = discrimination des femmes. Dans une vision trans, "discrimination en fonction du genre" inclut les personnes de genre non-binaire et les autres personnes trans. C'est vis-à-vis du genre (ordinaire ou non-binaire), jugé non "conforme" au sexe ou/et à ce qu'il "devrait" être, que les personnes trans sont discriminées. On commence à voir que le genre actuel de la personne, pris séparément d'autres considérations de genre, n'est pas (toujours) le critère de discrimination. Par "sexe", il faut en fait comprendre tout ce qui y est attaché dans la vision sexiste. Le sexisme tient justement et notamment à cette cisnormativité qui amalgame et confond les notions de "sexe", de genre, d'attirances amoureuses et sexuelles, etc.

On pourrait aussi prendre pour modèle le racisme. C'est l'idéologie sur les prétendues races qui soutient cette discrimination. Ce sont les racistes qui naturalisent les "races", en confondant des caractéristiques physiques, telles la couleur de peau ou les traits du visage, qui ne correspondent pas aux caractéristiques notamment génétiques des populations, avec des caractéristiques culturelles, sociales, psychologiques... assignées en fonction des caractéristiques physiques arbitraires. Des catégories, avec des statuts, privilèges et devoirs distincts, sont ainsi crées à partir d'une notion de "race" qui ne correspond à rien. Il en va à peu près de même pour le sexisme. Le "sexe" est censé correspondre à une réalité biologique, mais on se contente de regarder ou supposer l'entrejambe. Surtout, les sexistes se basent sur ce "sexe" pour supposer des caractéristiques d'ordre principalement sociales. Le racisme est la discrimination en fonction de la prétendue "race" (qui désigne avant tout des caractéristiques psycho-sociales). De même le sexisme est la discrimination en fonction du prétendu "sexe" (qui désigne avant tout des caractéristiques psycho-sociales). Le racisme a tendance à occulter les nuances de gris. Les catégories doivent être bien étanches et distinctes. Cet aspect se retrouve exacerbé dans le sexisme de manière encore plus manichéenne et même binaire1. Donc, en comparaison avec le racisme, l'idéologie binaire du sexisme est partie intégrante (voire extrême) du sexisme. Encore un point de comparaison entre racisme et sexisme : On parle de personnes racisées. Ainsi, serait-il judicieux de parler des personnes sexisées ou genrisées ?

 

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La clef de voûte du sexisme c'est l'assignation coercitive à un genre de toute personne humaine, à partir de l'entrejambe observé à la naissance ou supposé (par exemple dans la rue, en fonction de l'apparence). Cette assignation de genre comprend, en plus du genre proprement dit, le "sexe" de l'état civil ; l'apparence (vêtement coiffure...) ; les comportements, valeurs, passions ; les rôles familiaux et sociaux, les modes relationnels, affectifs et sexuels (comprenant les attirances amoureuses et sexuelles) ; etc. Et c'est systémique : imposer genre, rôle social, attirances... à tout le monde et tout le temps. Cette construction sociale liberticide et LE problème et le moteur du sexisme. Tant qu'on essaiera de lutter contre la discrimination envers les femmes : la misogynie, sans prendre conscience du système genre, on passera à côté du sujet. Il faut prendre le problème à la racine, et non au rameau apparent et trompeur. Le sexisme tient avant tout au fait même d'imposer un rôle en fonction de l'entrejambe. Rôle qui peut être infériorisé. Ça n'empêche évidement pas de parler de formes d'oppressions spécifiques. Il ne faudrait pas non plus nier que certaines personnes en subissent plus que d'autres. Mais ces différences sont avant tout la variété des manifestations d'un système genre à l'origine de l'ensemble. Ce n'est pas en séparant les problématiques (qui au fond sont les facettes d'une même !) que ça empêchera des personnes militantes d'une cause d'oppresser les victimes d'une autre. Au contraire, il faudrait faire comprendre à tout le monde que c'est le système genre et en particulier l'assignation(nisme) le problème.

En effet, dans le système genre, le sexisme visibilisé, à savoir la misogynie (sexisme envers les femmes ou personnes identifiées comme telles) est inséparable de l'homophobie ou de la transphobie. Et c'est encore plus évident pour l'intersexphobie, puisque l'intersexuation remet très directement en cause les principaux piliers du sexisme : les fausses évidences de la binarité et de la naturalité du genre en fonction du "sexe". Comment séparer les questions d'homophobie d'autres questions sexistes alors que les attirances amoureuses et sexuelles font partie de ce qui est assigné en fonction de l'entrejambe connu ou supposé ? Pas étonnant que l'oppression des personnes identifiées homme mais jugées non conformes aux standards de masculinité subissent notamment des insultes, parmi lesquelles il est bien délicat de savoir s'il s'agit d'homophobie ou de "sexisme". Souvent ces insultes stigmatisent l'expression de genre en qualifiant les personnes d'homosexuell*s, parfois même avec des mots qui désignent originellement le genre ou la présentation de genre ; par exemple fiotte, qui veut dire fillette à l'origine, mais sert à qualifier l'homosexualité de personnes stigmatisées selon leur manque(ment) de masculinité.

 


 

 

1 Si notre société occidentale actuelle est clairement binaire, par rapport à son sexisme, d'autres sociétés reconnaissent plus de 2 genres ou catégories sociales sexistes. C'est particulièrement le cas de la culture nord-amer-indienne qui reconnaît de 3 à 5 genres. Pour autant, toute société sexiste reste binaire, puisque basée sur l'idée de 2 et seulement 2 principes : un féminin, l'autre masculin. Quand une société reconnaît plus de 2 catégories, toutes se définissent en fonction de divers éléments féminins et masculins. C'est moins manichéen, puisque pas seulement une catégorie 100 % féminine 0 % masculine et l''autre réciproquement. Mais tout sexisme est construit sur la dichotomie du féminin et du masculin. Ce sont les unités de base, qui peuvent être différemment assemblées, un peu comme le Yin et le Yang.