Mon site est avant tout dédié à des articles d'opinion. Je ne m'attarde pas à décrire toute la diversité des personnes intersexes, trans et d'orientations marginalisées (ITOM : version francophone de MOGAI). Pour cela, je vous invite à fouiller la mine de ressources La vie en Queer.

Ici je voulais présenter la compatibilité entre aromantisme et polyamour. On aurait tendance à penser que l'aromantisme éloigne du polyamour, mais ce serait plutôt l'inverse.

- L'aromantisme est l’absence d'attirance amoureuse, dite aussi romantique (relative à la romance et non au romantisme !). L'attirance amoureuse est celle non sexuelle au sens strict (physique), typique de couple ou de la romance, par opposition à l'amitié. Le diminutif aro peut désigner le nom aromantisme comme l'adjectif aromantique.

- L'amato-normativité est le fait de traiter les relations romantiques comme étant supérieures aux autres types de relations et comme étant la norme pour l’ensemble des êtres humains. Cette norme oppresse tout particulièrement les personnes se trouvant sur le spectre aromantique." Petit tour d’horizon sur le spectre aromantique. L'amato-normativité comprend aussi l'association entre romance et sexualité, voire la confusion des deux. L'amato-normativité est très liée à la notion de couple ; donc modèle supérieur de la romance sur l'amitié, association à la sexualité... et exclusivité ! L'amato-normativité comprend la mono-normativité : la normativité (supposée norme imposée comme seul modèle valable) de l'exclusivité dans la relation amoureuse.

- Le polyamour est une vision des relations sentimentales intimes qui sort de celle de l’exclusivité du couple. Le polyamour implique la liberté et le consentement explicité et éclairé réciproques. "Le polyamour est une manière entièrement différente de vivre et penser les relations qu'on peut développer avec les autres, c'est une acceptation du simple fait qu'une seule personne ne peut et ne doit pas être contrainte à combler tous vos désirs ou besoins. " Le polyamour ? C'est quoi ? Dit autrement, le polyamour est la non exclusivité en amour, quelque soit la forme d'amour. Pour l'amitié ça semble aller de soi. Le polyamour n'impose pas plus d'exclusivité dans la romance, ni autre forme d'amour.

L'aromantisme n'exclut pas forcément une relation amoureuse :

On peut être sur le spectre aro, c'est à dire pouvoir ressentir l'attirance amoureuse, mais uniquement dans certaines conditions (Re : cf Petit tour d’horizon sur le spectre aromantique). Le spectre aro n'est pas une échelle de proportion de l'attirance amoureuse. Mais si on chiffrait la rareté des circonstances nécessaires, selon les différents cas du spectre, par rapport au cas d'une personne qui ressent l'attirance amoureuse ordinaire (z-romantique ou zedromantique), on aurait un spectre qui irait environ de 0 % à 25 % d'attirance amoureuse. C'est donc bien un spectre aro et non un spectre romantique (peut-être de 75 à 100%).

- Une personne sur le spectre aro (mais pas strictement aro) peut donc, +/- exceptionnellement, éprouver de l'attirance amoureuse. Pas de raison d'être moins portée au polyamour, qu'une personne z-romantique, même s'il est moins probable qu'elle vive plusieurs romances en même temps. À noter que si elle est dans une relation poly, sa personne partenaire peut, elle, avoir d'autres relations, indépendamment de l'aromantisme de la première personne.

- D'autre part, une personne strictement aro peut être dans une relation amoureuse, sans éprouver d'attirance amoureuse. Un peu comme se concrétise une relation amicale (je suppose). Cela peut notamment être le cas entre personnes aro... à condition qu'aucune ne soit réticente à la romance. Au final la probabilité d'une romance chez une personne strictement aro semble très faible, mais pas exclue.

 

drapeau poly-aro

 

Surtout, on peut être poly hors de la romance :

Déjà, on peut être poly sans vivre plusieurs relations sentimentales intimes en même temps. On peut être seul et poly. Être poly, c'est un état d'esprit, une orientation relationnelle (philosophique), pas une pratique.

D'autre part, il existe des amours et relations qui ne sont ni romantiques, ni amicales (du moins pas au sens qu'on donne communément à l'amitié dans la vision amato-normative).

Une personne aro est d'autant plus sujette à ces relations (platoniques, QPR..). Le cadre habituel de l'amitié, dans lequel on voudrait la confiner, semble bien restrictif. Et puis être une personne aro n'empêche pas d'être intéressée par ce qui est communément réservé au couple romantique : intimité et vie commune, fonder une famille, partager une sexualité, une tendresse physique non sexuelle = sensualité (câlins, main dans la main...), etc. Au contraire, les personnes aro sont souvent dans une vision QPR, etc. (ni romance, ni amitié). Enfin, a priori, puisque nous sommes loin de crouler sous le volume des études et statistiques concernant l'aromantisme.

Donc les personnes aro sortent d'autant plus du schéma de l'amato-normativité et du couple conventionnel. Les deux (rappel : très liés) impliquent la mono-normativité. Contrairement aux relations ni amoureuses ni amicales. Le polyamour y est beaucoup plus spontané. Les personnes aro sont souvent dans des relations 'autres', n'étant pas dans la romance, et l'amitié (classique) n'étant pas suffisante à leur vie affective. Ces relations ne sont pas faciles à trouver, à cause de l'amato-normativité. Mais être poly ne se limite pas aux relations effectives, mais à la façon de voir de la personnes. Et comme être aro oriente souvent vers ces relations 'autres' non soumises à la mono-normativité, être aro signifie souvent être aussi poly.

De plus, sortir de l'amato-normativité – et autres normativités sexistes binaires – conduit à remettre en question les normes affectives et relationnelles. Une personne aro (comme une personne trans, non hétéro...) est donc plus encline à remettre en cause l'exclusivité relationnelle.

Les personnes aro sont plus souvent poly que les personnes z-romantiques. On trouve donc - et je l'ai constaté ! - relativement beaucoup de personnes aro dans les milieux poly.