2 grandes questions se posent à propos de ce pronom. Évidemment celle de sa forme. D'autre part, bien qu'entendue la nécessité de rendre le langage plus inclusif (il est fortement recommandé de suivre ce lien avant continuer sur cette page, qui est une extension de celle en lien), l'ajout d'un pronom neutre est-il vraiment pertinent ?

Avant d'entrer dans le vif du sujet, une remarque sur la notion de pronom neutre. Il existe, en fait, 2 types de pronom neutre : un pronom de genre neutre ou non-binaire & un pronom inclusif (non genré ou indéterminé). La première version complète les genres féminin et masculin. Le jeu de ces 3 genres permet l'inclusivité. La version en elle-même inclusive ne précise pas de genre et convient donc dans tous les cas. Cela permet de ne pas préciser le genre (par exemple inconnu, mais pas forcément) d'une personne, ou encore d'accorder au pluriel mixte. On peut alors se demander si un pronom inclusif doit s'ajouter aux autres pronoms (elle et il) ou les remplacer ? La question est donc : faut-il ces 2 pronoms neutres, ou un seul ? ; et alors lequel ? Or en pratique, il n'est pas réaliste d'en proposer 2 nouveaux. Ce n'est même pas une demande des personnes qui veulent rendre les pronoms inclusifs. Chez ces mêmes personnes les 2 versions s'affrontent. Mais comme les besoins et visions se rassemblent, l'idée de neutre du pronom fusionne les 2 versions dans un flou, grammaticalement peu correct, mais qui s'impose de plus en plus. Les personnes partisanes d'un pronom de genre non-binaire utilisent (ou compte le faire) leur pronom pour le pluriel mixte, ou quand le genre n'est pas précisé. Et beaucoup de personnes semblent en fait ne pas faire clairement la distinction entre un pronom de genre non-binaire et un pronom inclusif. Le nouveau pronom sera une addition des 2 versions, qu'on le veuille ou non... ou ne sera pas.

Quelle forme donner au pronom personnel neutre à la troisième personne ?

En français, la question concerne 6 formes du même pronom. La forme sujet ; la forme complément derrière à ou de/d' ; la forme démonstrative, par exemple devant -là ou -ci ; et pour chacune au singulier + au pluriel.

La forme sujet est déjà trouvée. Un grand sondage sur la question montre que iel(s) est plébiscité. Mais en posant la question des différentes formes sans faire le lien, il ressort une incohérence dans la construction des différentes formes de ce pronom. Le modèle préféré pour le pronom en complément au singulier (iel) ne correspond pas au modèle préféré pour son pluriel (elleux) et pour les formes démonstratives (cellui et celleux).

Mettons cela en tableau pour plus de clarté :

sujet

complément (derrière à ou de/d')

démonstratif (ex devant -ci ou -là)

singulier

pluriel

singulier

pluriel

singulier

pluriel

Elle

Elles

Elle

Elles

Celle

Celles

Il

Ils

Lui

Eux

Celui

Ceux

Ul

Uls

Ul

Uls

Çul

Çuls

Iel

Iels

Iel

Iels

Ciel

Ciels

Iel

Iels

Ellui

Elleux

Cellui

Celleux

Je mets ul comme exemple des différente formes d'un pronom. En effet, la plupart du temps, quand on envisage un nouveau pronom, on le 'décline' comme elle, le plus simple.

On peut 'décliner' iel comme elle (+ S au pluriel, + C devant au démonstratif), ou faire à chaque fois une fusion comprimée de la version féminine + masculine (dans cette ordre sauf en sujet). Je pense qu'il faut faire un choix entre les 2. Prendre tout l'un ou tout l'autre semble indispensable, au risque d'incohérence, de confusion et d’incompréhensibilité.

La version comme elle me semble bien plus simple, plus facile à adopter et moins problématique. En effet, la version fusion du féminin et du masculin est problématique puisqu'elle sous-entend "elle ou/et il" (en sujet singulier). Or cela occulte la non-binarité, ainsi que la possibilité de ne pas genrer (= d'avoir un pronom comme à la première et deuxième personne où la question de genre ne se pose même pas). Et donc n'est pas vraiment inclusif, alors même que c'est ce qu'on demande à ce pronom. De plus, c'est trop compliqué et ça ramène sans cesse au féminin et au masculin, puisque à chaque fois on doit retrouver la version féminine et la masculine du pronom pour les additionner. L'idée de iel est déjà cette fusion des pronoms, mais, à partir de cette base, autant la 'décliner' le plus simplement, comme on le ferait pour ul, ol... et comme on le fait pour elle. C'est plus facile à adopter et n'insiste pas sur cette idée de féminin ou/et masculin, pas très inclusive.

Est-ce une bonne idée de réclamer l'utilisation d'un pronom personnel neutre à la troisième personne ?

Dans mon texte sur le langage inclusif, j'ai déjà parlé du besoin d'y tendre, mais aussi du problème de vouloir ajouter du neutre alors qu'il existe déjà en français et qu'il faudrait plutôt le distinguer du masculin, éventuellement avec une nouvelle forme masculine. En effet, on ne va pas changer la terminaison de "j'ai fait" ou "c'est constructif". L'absence d'accord est la forme de base, la plus connue, la plus facile à utiliser, etc. Elle doit le rester. S'il doit y avoir une autre forme grammaticale d'accords, c'est alors une masculine, aussi particulière que la féminine, qu'il faudrait. Il en va autrement pour les pronoms, puisque c'est ici un neutre qu'il manque, indéniablement.

Or ajouter un pronom neutre risque de faire passer le message qu'il manquerait un neutre aussi pour les accords et titres. C'est probablement déjà ce qu'il se passe dans la communauté qui cherche à faire adopter le pronom neutre. J'ai d'ailleurs moi-même versé dans ce piège. Peut-être que l'exemple anglophone pousse aussi à l'erreur, puisque la question des genres grammaticaux ne s'y pose pas ; seuls certains mots, dont l'emblématique pronom à la première personne du singulier, sont genrés de façon binaire. Ainsi la nécessité d'un pronom neutre anglophone comme francophone laisse entendre qu'il faut en français un neutre grammatical, un nouvel accord neutre, mais c'est une grave fausse route qui renforce le problème principal en français, à savoir la connotation masculine du neutre.

Est-ce alors une bonne idée de promouvoir un pronom neutre ? Peut-être est-il indispensable dans ce cas de bien mettre en évidence le problème de la connotation masculine du neutre dans le reste de la langue ? Faut-il attendre des progrès significatifs à propos des accords avant de promouvoir l'utilisation du pronom neutre ? Cette dernière possibilité ne semble pas valable, puisque l'ajout d'une forme masculine ou une clarification entre le neutre et le masculin ne semble pas à l'ordre du jour, loin de là, malheureusement.