Note : Quand je parle d'amour c'est toujours au sens large =~ affection, pas seulement amoureuse ! Sens large, ou plutôt le seul en fait. Puisque les circonstances changent : famille, couple, camaraderie... mais l'amour reste l'amour (variable mais indépendamment de ces circonstances).

On débat parfois pour savoir si l'on doit parler d'orientation sexuelle ou d'orientation sentimentale. C'est plus classe de parler d'orientation sentimentale ou affective. Dans le cadre aro ou/et as*, on sépare l'orientation amoureuse de celle sexuelle. L'orientation est séparée en 2 variables. Concrètement ces orientations définissent par qui on est susceptible d'être attiré, selon le critère généralement défini comme "femmes ou/et hommes". Par la suite, pour raison pratique, j'écrirai F/M (M comme sur la carte d'identité française pour sexe/genre masculin, et qui convint aussi pour mâle).

Dans le milieu Queer, il est politiquement correct de dire que l'attirance est en fonction du genre. Mais le genre n'est pas inscrit sur le front. Seul la personne peut définir son propre genre. Le critère (F/M) serait plutôt le genre apparent. C'est alors la personnalité, ou plutôt certains de ses traits. Mais rien de binaire là dedans : Si on est attiré par les personnalités "féminines", on pourra très bien être attiré par un homme qui a les traits de personnalité qui correspondent à l'attirance.

 

 L'orientation affective n'existe pas

Si on parle d'orientation sentimentale ou affective, il va de soi que la personnalité est ce qui compte, pas le corps. On aime des personnes, pour ce qu'elles sont. Mais comment pourrait-il y avoir une orientation F/M pour l'amour ? On a tellement tendance à en parler qu'on ne le questionne généralement pas. Ça n'a pourtant aucun sens. Je m'explique : Lorsqu'on aime, on aime une personne, pas son genre. Par exemple, on n'aime pas uniquement son enfant si ça correspond à son orientation F/M à soi. Idem pour l'amitié : les circonstances, les affinités selon la personnalité... peuvent favoriser un genre, mais ce n'est jamais tout ou rien. L'amour, l'affection, n'a que faire d'un critère F/M (ou autre). C'est carrément antinomique.

Pour autant ce critère d'attirance existe dans le sentiment amoureux. C'est que ce n'est pas l'amour qui est en cause, mais la sexualité. Le sentiment amoureux est un amalgame artificiel principalement d'amour et de désir sexuel. C'est par contamination donc qu'on aime amoureusement en fonction du critère F/M. L'orientation est sexuelle ; là seulement le critère F/M a du sens. On est attiré en fonction de caractéristiques physiques notamment sexuées : F/M. Aussi on peut l'être (selon les personnes je suppose) par l'apparence liée au sexe/genre ; comme justement on y associe le sexe. Par exemple, une démarche, un style vestimentaire... peuvent participer au fait qu'on soit ou non attiré, par association de ses éléments avec le sexe. L'attirance est sexuelle, en fonction de critères F/M sexués !

Comme la plupart des personnes, dans notre société du moins, croient profondément au sentiment amoureux et donc le vivent concrètement, leur orientation sexuelle détermine par qui (F/M) elles peuvent être amoureuses, donc par qui elles peuvent éprouver de l'amour dans le cadre amoureux. Mais ce n'est en aucun cas une orientation affective. L'amour n'a pas d'orientation, pas de critère F/M.

 

Orientation sexuelle, aromantisme et asexualité

Mais alors est-ce à dire que, l'orientation affective n'existant pas, l'aromantisme non plus ? Pas de panique. Je suis moi-même 100 % aro, ce n'est pas incompatible.

Pour l'asexualité, on peut se dire qu'on peut être attiré par un ou plusieurs sexes : le fameux F/M, mais aussi par aucun. Il faut bien comprendre que le classique "femmes ou/et hommes" est incorrect. Déjà parce que ce n'est pas une question de genre mais de physique ; D'autre part, parce que l'attirance n'est pas forcément tout ou rien : c'est une variable pour chacune des 3 catégories : femelle - intermédiaire (corps intersexe ou de personnes trans en transition) – mâle. Mais, selon moi, l'asexualité n'est pas une attirance 0 pour chaque catégorie. Ce serait plutôt une variable indépendante de l'orientation F/M. En effet, le fait d'être asexuel, sur le spectre asexuel ou z-sexuel (pas asexuel), est une orientation au sens large, sans critère F/M. Et il en va de même pour la question aro.

En fait, le modèle de double orientations F/M : amoureuse et sexuelle, ne tient pas. L'orientation amoureuse ou "romantique", par distinction de celle sexuelle, est censée être une orientation affective. Mais cela n'a pas de sens. C'est par contamination d'avec l'orientation sexuelle, qu'on imagine une orientation F/M affective. Par qui on est attiré (F/M) dépend de l'orientation sexuelle. Mais l'orientation plus largement (on pourrait dire amoureuse, mais dans le sens de ce fourre-tout et non au sens affectif seul) comprend 2 autres variables que l'attirance sexuelle F/M : l'orientation vis à vis de la relation amoureuse, et vis à vis de la relation sexuelle. Pour les personnes largement majoritaires qui ne sont ni aro ni as (inclut sur le spectre), l'orientation sexuelle au sens restreint (F/M) suffit à définir leur orientation plus largement. On ne se pose simplement même pas la question généralement. On demande par exemple à une personne si elle est attirée "par les femmes ou/et par les hommes", quand ce n'est pas un ou exclusif. On n'envisage pas que la personne puisse être aro ou as.

C'est justement avec la prise en compte des questions aro et as que le modèle d'attirances séparées (romantique vs sexuelle) est né. Mais encore une fois : c'est une erreur d'interprétation, selon moi. Ce n'est pas 2 variables mais trois, avec une seule F/M. On pourrait les appeler : attirance (F/M) – positionnement sexuel et positionnement amoureux, étant entendu que "ce n'est pas un choix", qu'on n'a pas prise dessus (ni la personne concernée, ni d'autres), exactement comme par qui on est attiré. Ainsi l'aromantisme c'est une question de positionnement amoureux, et l'asexualité c'est une question de positionnement sexuel. Ce ne sont pas les extrêmes opposés de l'attirance bi ou pan. C'est un autre plan de l'orientation.

Une personne bi aro, c'est une personne attirée sexuellement par plusieurs sexes ou catégories sexuées (#métonymie) ; qui n'est pas intéressée/attirée par les relations amoureuses / ne ressent pas de sentiment amoureux ; qui a priori est normalement (ce qui signifie dans la norme = la moyenne, la majorité, sans jugement de valeur !) intéressée par les relations sexuelles.

Mais quand est-il pour une personne pan as, pas aro ? Selon le modèle commun dans le milieu queer (le modèle commun tout court occulte complètement aro et as), on dirait que la personne est panromantique (et as), que c'est son orientation affective qui est pan. Mais ça n'a pas de sens. En fait la personne est attirée sexuellement par tous les sexes, mais sans être intéressée par les relations sexuelles. Elle est en revanche dans le modèle amoureux classique, si ce n'est le fait d'être as. Donc son attirance sexuelle conditionne son attirance amoureuse. L'exemple étant pan, on pourrait se dire que l'amour n'a pas de critère F/M et donc que la personne peut être amoureuse de n'importe quel sexe, qu'elle est forcément pan. Mais l'attirance sexuelle, quelle qu'elle soit, conditionne celle amoureuse. Une personne attirée exclusivement par les "femmes" l'est sexuellement, mais par là plus largement amoureusement. L'amour n'est pas exclusif à un sexe/genre, mais le sentiment amoureux est une construction sociale qui déforme l'amour, en le réservant dans le cadre amoureux au(x) sexe(s) correspondant(s) à l'attirance sexuelle.

N.B. : Je n'ai pas pris d'exemple de personne homo ou hétéro, parce que ça n'a encore moins de sens quand on réalise que le critère de l'attirance est sexué. Déjà ça n'a pas de sens de définir les attirances d'une personne en fonction de son propre genre ou sexe. Ça s'explique par le fait qu'on cherchait à désigner la conformité ou non à la norme. Mais l'attirance, en elle-même, c'est une question de par qui et non de rapport de genre/sexe. D'autre part, ce rapport n'est justement pas sur le même plan. La personne se définit, se ressent principalement par rapport à son genre. On est son genre. L'attirance, elle, est sexuelle. Donc le rapport serait entre le genre de la personne et le(s) sexe(s) des personnes par qui on est potentiellement attiré. Comparé un genre à un sexe n'a pas de sens. Éventuellement, comme on associe communément chaque genre (du moins binaire) avec un sexe, la personne peut très bien se dire gay si elle est un homme attiré par le sexe mâle. D'autre part cette association genre-sexe peut se faire chez la personne concernée, lorsqu'elle est cisgenre. Par exemple une lesbienne cisgenre est une femelle attirée par le sexe femelle. Il n'en reste pas moins que coller des étiquettes homo / hétéro à d'autres ou en générale n'est pas correct : ni exact, ni respectueux des personnes. (On peut parler de ginéphilie et androphilie pour les deux orientations les plus courantes. Pour les autres, bi / pan / aro / as... restent valables.)

 

 


 

 

*aro / as : pour aromantisme et asexualité, généralement définies comme l’absence d'attirance respectivement amoureuse et sexuelle. J'en parlerai plus concrètement dans le dernier chapitre : "Orientation sexuelle, aromantisme et asexualité".