À noter qu'il existe déjà un texte sur à peu près le même sujet. Mais, d'une part j'ai un désaccord sur lequel je voulais revenir. D'autre part, et surtout, ce texte me laisse sur ma faim, notamment sur la conclusion militante à en tirer.

Le polyamour est une orientation relationnelle.

"Le polyamour est une vision des relations sentimentales intimes qui sort de celle de l’exclusivité du couple. Le polyamour implique la liberté et le consentement explicité et éclairé réciproques." Attention le polyamour n'est pas le fait d'être dans plusieurs relations de type couple ; ce n'est pas une pratique, mais une orientation relationnelle. On peut être poly (comme mono) sans jamais avoir été en couple. De même que l'orientation sexuelle ne dépend pas de la pratique.

Selon moi, le polyamour est une orientation de type philosophique ou éthique, et non de type orientation sexuelle. C'est à dire que le polyamour tient de l'idée. On peut donc changer d'avis. Contrairement à l'orientation sexuelle, à laquelle on ne peut rien. Comme on dit : "ce n'est pas un choix". Or une orientation, par exemple politique, n'est pas non plus un choix. On ne choisit pas ses idées et valeurs, on les développe, elles peuvent évoluer, être remises en cause, etc. C'est donc très différent de l'orientation sexuelle, qui ne dépend pas de l'avis de la personne sur la question. À quel type d'orientation (à laquelle on ne peut rien ou avis) appartient le polyamour n'est pas consensuel. (Texte contradictoire au mien)

À la réflexion, il me semble que le polyamour peut uniquement être une orientation éthique. En effet, l'exigence d'exclusivité peut et doit être questionnée. Je comprends pourquoi certaines personnes concernées perçoivent le polyamour à l'instar de l'orientation sexuelle. D'une part, ces personnes sont souvent aussi LGBTI+, donc concernées par une orientation ou une "identité" marginalisée et à laquelle elles ne peuvent rien. D'autre part, même sans être par ailleurs LGBTI+, on dit qu'on ne choisit pas d'être discriminé, marginalisé ou/et opprimé. Mais c'est trompeur. On peut être opprimé pour ses idées, et on ne les choisit pas. De plus elles peuvent être précoces et spontanées, et il peut être inenvisageable pour la personne de penser autrement. Pour autant, quand on a des idées aussi fortes, c'est souvent des idées pour lesquelles d'autres personnes peuvent être 'converties'. Autant il peut être impossible de convertir une personne poly, autant l'autre sens est possible... et arrive. L'exclusivité en amour est éthiquement difficile à justifier.

Le polyamour est-il LGBTI+ ?

Comme le polyamour est une orientation éthique, il diffère des (autres ?) sujets LGBTI+ auxquels on ne peut rien. Mais cela exclut-il pour autant le polyamour des LGBTI+ ? Et bien non ; ce n'est pas la question. Les sujets LGBTI+ se définissent comme tout ce qui n'est pas conforme à la normativité1 sexiste binaire. Le polyamour n'est pas conforme à la mono-normativité, elle-même partie de l'amato-normativité. L'aromantisme et l'asexualité se heurtent également à l'amato-normativité2. Pour moi, l'aromantisme et l'asexualité font partie de l'orientation amoureuse au sens large, et sont inséparables de l'attirance sexuelle (par qui on est attiré). Ainsi les questions aromantiques et asexuelles sont LGBTI+.

Qui dit normativité, dit manque de visibilité et stigmatisation de ce qui déborde de cette prétendue norme. Pour les personnes qui en débordent cela implique généralement le besoin, d'un côté de se cacher, de l'autre de révéler sa différence. Autrement dit, le polyamour est concerné par le placard et le coming out.

Mais le polyamour est une orientation relationnelle. Ce n'est pas une question de sentiment amoureux ou de sexualité. C'est une orientation vis-à-vis de l'exclusivité du couple. Or la mono-normativité n'est pas assignée en fonction du "sexe" ou des catégories sexistes binaires. Selon moi, le polyamour n'est donc pas LGBTI+, même si la question reste ouverte.

Le Polyamour doit-il être inclus dans la cause LGBTI+ ?

Ce n'est pas parce que le polyamour n'est pas à proprement parlé LGBTI+ qu'il n'a pas sa place, par exemple dans une "gay pride". Déjà à cause du doute concernant le fait que le polyamour est LGBTI+ ou pas. Et de toutes façons, le polyamour est très lié aux sujets LGBTI+. Les questions poly touchent au couple et à la parentalité, de même que les questions LGBTI+. Surtout, les revendications sociales et législatives concernent ces sujets communs : mariages et autres unions civiles, adoption, conditions de PMA, etc. Si le polyamour n'est pas LGBTI+, la cause est commune. Donc le polyamour doit être inclus dans les associations, mouvements, manifestations et messages LGBTI+ !

 

 


 

1 Par normativité j'entends supposée norme imposée comme seul modèle valable

2 L'amato-normativité comprend l'association (voire amalgame) entre romance et sexualité. Elle soutient qu'une relation amoureuse n'est pas complète ni "concrétisée" sans sexualité.